Qu’est-ce qu’une « eau naturelle » ? Précisions sur l’origine et la typologie
Sous le terme générique de « eau naturelle », on regroupe des eaux qui jaillissent naturellement du sous-sol, non issues du réseau public de distribution. Mais pour être reconnues en tant qu’« eau thermale », « eau minérale naturelle » ou « eau de source », ces eaux doivent répondre à des critères précis, définis par la réglementation française et européenne (Code de la santé publique).
- Eau thermale : utilisée principalement à des fins thérapeutiques, elle doit être reconnue par des autorités sanitaires pour ses propriétés spécifiques, généralement liées à sa composition, sa température et ses indications médicales.
- Eau minérale naturelle : destinée à la consommation humaine, elle se caractérise par une pureté originelle, une stabilité de sa composition, et possède parfois des effets bénéfiques pour la santé.
- Eau de source : également potable sans traitement, mais, à la différence de l’eau minérale, sa composition peut varier plus largement selon la saison ou le point de captage.
Chacune de ces catégories fait l’objet d’un suivi rigoureux et répond à des cahiers des charges distincts.
L’eau thermale : l’eau à vocation thérapeutique
L’eau thermale, par définition réglementaire, provient d’une nappe souterraine protégée, insuffisamment modifiée par l’homme, et dont l’usage est réservé à la cure thermale. Ces eaux sont reconnues :
- Pour leur stabilité chimique et biologique ;
- Pour leur efficacité démontrée scientifiquement en tant que traitement de diverses pathologies ;
- Pour répondre à une procédure de reconnaissance rigoureuse, impliquant des expertises médicales et analyses régulières (France, AFRETh : Association Française pour la Recherche Thermale, 2022).
La particularité de l’eau thermale réside souvent dans sa composition minérale riche et spécifique, parfois rare. Certaines contiennent plus de 1 gramme par litre de sels minéraux dissous (c’est le cas des eaux dites “minéralisées”, par exemple Vichy ou Balaruc-les-Bains). La température à l’émergence peut dépasser 30 °C, parfois beaucoup plus : à Chaudes-Aigues (Cantal), l’eau de la « Source du Par » sort à 82 °C, la plus chaude d’Europe !
Champ d’utilisation :
- Les eaux thermales sont destinées avant tout à la santé : rhumatologie, dermatologie, affections respiratoires, phlébologie, troubles digestifs, etc. Leur usage en boisson, bain, inhalation ou douche est soumis à prescription.
- Elles doivent obligatoirement faire l’objet d’un agrément et être surveillées par les Agences Régionales de Santé (ARS).
La France compte plus de 100 stations thermales officiellement agréées (Médecine Thermale).
Zoom sur la composition minérale typique de certaines eaux thermales :
| Station thermale |
Minéralité principale |
Indication phare |
| La Roche-Posay |
Silice (30mg/l), Sélénium, Calcium |
Dermatologie |
| Dax (les Eaux Salées) |
Sodium (> 5g/l) |
Rhumatismes |
| Vichy |
Bicarbonates (> 6g/l), Lithium |
Appareil digestif / Dermatologie |
L’eau thermale ne peut être embouteillée et vendue comme simple eau de boisson que si elle décroche aussi le statut « eau minérale naturelle ». Beaucoup sont donc réservées exclusivement à l’usage médical en établissement thermal.
L’eau minérale naturelle : pureté, origine et effets sur la santé
L’eau minérale naturelle est définie, selon la législation européenne (Directive 2009/54/CE), comme une eau microbiologiquement saine, d’origine souterraine, protégée contre les pollutions, et se distinguant par sa composition en minéraux et oligo-éléments « constante et stable dans le temps ».
- Captée à sa source, elle ne peut subir qu’un nombre limité de traitements: élimination de certaines substances (fer, manganèse, souffre) par procédés physiques strictement contrôlés.
- Sa composition est affichée clairement sur l’étiquette et les teneurs maximales en contaminants sont bien plus basses que pour l’eau du robinet.
- Elle ne peut pas être modifiée par ajout d’éléments.
La France est le premier producteur européen, avec environ 90 sources autorisées en 2023, commercialisant 6,1 milliards de litres par an (Fédération des Entreprises d’Eaux Minérales Naturelles).
Quelques chiffres et faits :
- L’eau minérale la plus vendue en France - Cristaline - provient pourtant de plus de 20 sources différentes, toutes reconnues pour leur stabilité minérale.
- L’eau minérale la plus minéralisée française : St-Yorre avec près de 4,7g/L de résidu sec à 180°C.
- L’eau minérale la moins minéralisée : Mont Roucous, à 22mg/L, très prisée pour la préparation des biberons.
Selon la composition, certaines eaux minérales peuvent bénéficier d’allégations santé telles que « facilite la digestion » (eau riche en bicarbonates) ou « favorise l’élimination rénale » (eau riche en magnésium ou en calcium). Seule une vingtaine d’allégations sont autorisées (ANSES).
Eau de source : une eau potable au plus proche de la nature
L’eau de source ressemble à l’eau minérale naturelle sur deux points : elle émane d’une nappe souterraine protégée et elle est potable sans traitement chimique. Sa différence principale tient à sa variabilité possible en termes de composition au fil du temps.
- Elle n’est pas soumise à obligation de constance minérale aussi stricte que l’eau minérale naturelle.
- Elle doit cependant, comme toute eau potable, répondre aux critères microbiologiques et chimiques très stricts du Code de la santé publique.
- Sa teneur en minéraux est souvent intermédiaire entre celle de l’eau minérale et celle du réseau public (moins de 500mg/L de résidu sec pour la grande majorité).
La majorité des « eaux vendues en bouteilles premier prix » dans les grandes surfaces sont des eaux de source. Leur goût et leur composition varient d'une région à l'autre, et parfois d’un lot à l’autre.
Le principal argument est la simplicité : accès facile, prix modéré, absence de traitement lourd, et une traçabilité assurée par des contrôles réguliers.
Le rôle de la législation et de la sécurité sanitaire
Les différences entre ces eaux sont le fruit d’un encadrement réglementaire bien défini en France et dans l’Union Européenne :
- Eaux thermales : usage médical, reconnaissance par le Ministère de la santé, suivi par l’ARS, et usage uniquement sur site sauf rare autorisation exceptionnelle.
- Eaux minérales naturelles : autorisation de vente après instruction de la sécurité sanitaire, analyses régulières (15 à 60 analyses par source et par an), traçabilité rigoureuse, et déclaration annuelle à l'ARS.
- Eaux de source : contrôlées mais à des exigences légèrement moindres, avec obligation de potabilité avant tout.
En 2022, la France a recensé 214 captages d’eaux embouteillées, dont près de 61% sont des eaux de source (FNAEM).
Pour quels usages privilégier chaque type d’eau ?
-
Pour la cure, le soin, la prévention santé : l’eau thermale sous contrôle médical est la référence. C’est la seule dont les bénéfices en hydrothérapie font l’objet d’études cliniques.
-
Pour la consommation au quotidien : l’eau minérale naturelle assure une pureté et une stabilité incomparables ; attention toutefois à choisir une eau adaptée à ses besoins (minéralisée, peu minéralisée, etc.).
-
Pour un usage domestique courant et responsable : l’eau de source embouteillée peut représenter une bonne alternative, à condition de suivre sa composition et de veiller à la provenance.
Tableau récapitulatif : caractéristiques, statuts et usages
| Type d’eau |
Origine et capture |
Spécificités |
Usages |
Statut légal |
| Eau thermale |
Nappe souterraine, site protégé, géothermie possible |
Composition stable, spécificité thérapeutique, température variable |
Cures, soins médicaux |
Agrément ARS et ministère |
| Eau minérale naturelle |
Nappe souterraine, source unique |
Pureté, stabilité minérale, effets santé prouvés |
Boisson, préparation alimentaire |
Reconnaissance préfectorale puis européenne |
| Eau de source |
Nappe souterraine, captable variable |
Potable, composition variable |
Boisson courante |
Contrôle par ARS |
Pourquoi ces distinctions ont-elles du sens pour la santé, le bien-être et la prévention ?
Maîtriser ces différences aide à répondre aux besoins spécifiques de chacun :
- Personnes fragiles : les nourrissons, les personnes âgées ou les patients sous traitement doivent choisir des eaux dont les minéraux ne posent pas de risques (trop de sodium, ou minéraux incompatibles avec certains régimes).
- Sportifs et récupération : les eaux riches en bicarbonates ou magnésium favorisent la récupération après l’effort.
- Soins cutanés : l’eau thermale pulvérisée (par exemple, Avène, Uriage) est utilisée pour ses propriétés apaisantes sur peau sensible ou irritée — une filière à part entière avec des études à l’appui (voir les publications de l’Université d’Auvergne en dermatologie).
Prendre le temps de consulter l’étiquette, comprendre le lieu de captage et demander l’avis d’un professionnel pour tout usage en dehors d’une consommation courante demeure essentiel. Les eaux naturelles, loin d’être interchangeables, sont, chacune à leur façon, un patrimoine précieux autant que de vraies alliées pour la santé.
Sources :
- AFRETh – Association Française pour la Recherche Thermale, www.afreth.org
- Médecine Thermale, www.medecinethermale.fr
- ANSES – Agence nationale de sécurité sanitaire, www.anses.fr
- Fédération des Entreprises d’Eaux Minérales Naturelles, www.fnebn.org
- FNAEM – Fédération Nationale des Eaux Minérales, www.fnaem.fr
- Code de la Santé Publique, Légifrance