Qui sont les médecins prescripteurs de balnéothérapie ? Modes d’orientation et organisation des parcours de soins

6 décembre 2025

La recommandation médicale de la balnéothérapie : une pratique encadrée

En France, la balnéothérapie regroupe l’ensemble des soins corporels dispensés en eau minérale ou thermale. Il s’agit d’une discipline rigoureusement encadrée, qui fait l’objet de recommandations et de suivis médicaux, souvent distinguée de la simple activité de bien-être en spa.

Les prescriptions de balnéothérapie s’inscrivent fréquemment dans un cadre médicalisé, notamment dans le cadre des affections de longue durée, des suites d’intervention chirurgicale, ou encore en complément de programmes de rétablissement physique ou psychologique. En 2022, la France comptait plus de 600 000 curistes bénéficiaires d’une orientation médicale (chiffres du Conseil national des établissements thermaux – CNETh).

Les médecins généralistes : porte d’entrée privilégiée vers les soins en eau

Le médecin traitant joue un rôle central. Interlocuteur clé dans le parcours de santé, il évalue la pertinence d’une orientation vers la balnéothérapie lors de pathologies chroniques, récidivantes ou en convalescence.

  • Pathologies articulaires et musculaires : arthrose, lombalgies, suites de traumatismes.
  • Problématiques de surpoids et d’obésité
  • Stress, troubles psychosomatiques
  • Suivi post-opératoire

Selon le baromètre thermalisme 2023 de Thermes France, près de 65 % des prescriptions de cure thermale ou de programme de balnéothérapie médicalisée sont adressées par les médecins généralistes. Cette proportion en fait la spécialité de référence pour les orientations initiales.

Les rhumatologues : spécialistes des prescriptions pour pathologies ostéo-articulaires

La rhumatologie est la discipline médicale la plus concernée par la balnéothérapie, notamment pour la prise en charge de l’arthrose, des douleurs rachidiennes et d’autres affections musculo-squelettiques.

  • Les publications de la Société Française de Rhumatologie soulignent que plus de 80 % des curistes suivis en station thermale ont une pathologie relevant de la rhumatologie.
  • La Haute Autorité de Santé reconnaît l’intérêt de la balnéothérapie pour le soulagement de l’arthrose du genou, des douleurs chroniques vertébrales (HAS, rapport 2021).
  • Des études cliniques, comme l’essai Thermarthrose (publié dans The Journal of Rheumatology, 2016), confirment le gain fonctionnel et la diminution de la consommation d’antalgiques après des séances de balnéothérapie.

Ainsi, les rhumatologues prescrivent la balnéothérapie dans des protocoles personnalisés, souvent en complément de médicaments ou de rééducation classique. Il n’est pas rare qu’ils orientent également vers la kinésithérapie aquatique.

Les médecins de médecine physique et de réadaptation (MPR) : vers le retour à l’autonomie

Spécialistes du handicap et de la récupération fonctionnelle, les médecins MPR recourent volontiers à l’eau comme environnement thérapeutique, notamment pour :

  • La rééducation suite à des accidents de la route ou du sport
  • La récupération après chirurgie orthopédique, prothèses ou amputations
  • Les séquelles d’AVC ou de pathologies neurologiques (sclérose en plaques, paraplégie, etc.)

L’environnement protégé de l’eau chaude diminue l’effet du poids corporel, facilite les gestes et limite la douleur, ce qui permet de travailler plus vite et efficacement la mobilité et la coordination.

En 2021, la Fédération Française de Rééducation indiquait dans son rapport qu’au moins 30 % des patients pris en charge pour récupération motrice lourde bénéficiaient d’un volet balnéothérapie dans leur parcours de soins globaux.

Le rôle des dermatologues : balnéothérapie et affections cutanées

Dans certains cas, notamment pour des affections dermatologiques chroniques comme le psoriasis, l’eczéma ou certaines dermites, la balnéothérapie sous surveillance médicale offre une alternative ou un complément aux traitements classiques.

  • Les établissements de Dax, Avène ou La Roche-Posay, références nationales, accueillent chaque année plusieurs milliers de patients dermatologiques orientés par leur dermatologue.
  • L’Académie Nationale de Médecine évalue à environ 8 % la part des cures prescrites pour un motif dermatologique (source : Rapport 2019).
  • La balnéothérapie contribue à l’hydratation cutanée et à la modulation du système immunitaire local, limitant parfois la dépendance aux corticoïdes ou immunosuppresseurs.

La prescription comprend généralement des bains, pulvérisations, douches filiformes et soins topiques adaptés.

Les pneumologues et ORL : balnéo-respiratoire, une indication historique

Les affections des voies respiratoires et des muqueuses trouvent également un terrain privilégié dans la balnéothérapie, en particulier en station thermale.

  • Pneumologues : pour l’asthme, les bronchites chroniques, les suites de COVID long, etc.
  • Médecins ORL : pour les sinusites récidivantes, rhinites, otites séreuses de l’enfant, etc.

Selon les analyses du Groupe Thermalisme ORL (Revue de Médecine Interne, 2020), la balnéothérapie (notamment les inhalations, humages, douches nasales) réduit la fréquence d’infections ORL chez près de 60 % des enfants suivis en cure.

Le médecin psychiatre : balnéothérapie et santé mentale

Les troubles anxieux, les états de stress post-traumatique ou les épisodes dépressifs légers trouvent un appui reconnu dans les cures associant balnéothérapie, relaxation et psychothérapie.

  • De récents programmes (ex. : « ThermaSanté » à Bagnères-de-Bigorre) associent bains relaxants et ateliers thérapeutiques sous l’égide de psychiatres et psychologues.
  • L’Étude THERMAL (publiée dans Frontiers in Psychiatry, 2019) confirme une réduction significative des symptômes anxieux chez 45 % des participants à un protocole en balnéothérapie.

La prescription reste encore rare, mais elle gagne du terrain, notamment dans le cadre de la santé mentale globale et du retour au travail après burn-out.

Dans quels cas la balnéothérapie est-elle contre-indiquée ?

Comme tout acte médical, la balnéothérapie connaît des limites et des contre-indications, évaluées par le prescripteur avant toute orientation :

  • Maladies infectieuses évolutives ou contagieuses
  • Cardiopathies instables ou décompensées
  • Lésions cutanées non cicatrisées ou infectées
  • Certains états psychiatriques aigus

Le médecin prescripteur adapte toujours l’indication à la situation personnelle, en lien avec le médecin du centre thermal ou balnéothérapeute.

Balnéothérapie et organisation du parcours de soins : une coordination interdisciplinaire

L’intégration de la balnéothérapie dans le parcours de soins fait appel à la collaboration :

  • Du médecin prescripteur (généraliste ou spécialiste)
  • De l’équipe médicale du centre thermal : médecin thermal, kinésithérapeute, infirmier(e), parfois diététicien ou psychologue
  • De la médecine de ville pour le suivi à distance et l’adaptation des traitements de fond

La prescription se formalise souvent via un formulaire spécifique, comportant des indications précises sur le motif, la durée, le type de soins et le suivi attendu (décret n° 2009-930 du 29 juillet 2009 sur l'organisation des soins thermaux).

Le patient curiste bénéficie d’une évaluation initiale, d’un suivi durant le séjour et d’une synthèse médicale pour son médecin traitant au retour.

Chiffres-clés et spécificités régionales : focus Alpes de Haute-Provence

  • Établissements de référence : Gréoux-les-Bains et Digne-les-Bains accueillent respectivement 40 000 et 12 000 curistes chaque année (source : INSEE, 2023).
  • Indications principales dans la région : Rhumatologie, voies respiratoires, pathologies psychosomatiques.
  • 80 % des prescriptions régionales émanent de praticiens locaux formés à l'approche thermale (Ordre des Médecins PACA : rapport 2022).

Pour aller plus loin : la prescription de balnéothérapie, entre savoir médical et individualisation

La prescription de la balnéothérapie émane d’une vaste palette de médecins, mobilisant tour à tour les compétences du généraliste, du spécialiste d’organe et du médecin de réadaptation. Désormais, les protocoles associent fréquemment balnéothérapie, kinésithérapie, accompagnement psychologique et éducatif, au sein de parcours de soins coordonnés.

L’avenir de la balnéothérapie passera par des indications de plus en plus ciblées, des preuves renforcées par la recherche clinique, et une coopération accrue entre médecine de ville et structures thermales. Le dialogue entre médecin, patient et équipe de balnéothérapie demeure, aujourd’hui comme hier, le pilier d’un soin individualisé et durable.

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